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Les ports
Les chantiers BRIEC

Pierre Briec est né en 1893 à Pont-l'abbé. Il est le fils de Yves Briec (1850-1899) et de Marie Jeanne Kernoa (1856-1935).
Lors du recensement de 1911, il est identifié comme charpentier et vit chez sa mère à Bringall huella, au nord du bourg de Pont-l'Abbé.
Appelé sous les drapeaux le 26 novembre 1913, il est rattrapé par l'histoire avant la fin de son service militaire. Mobilisé le 2 août 1914 au 1er régiment de cuirassiers, puis au 5e régiment du génie, il est envoyé en congé illimité de démobilisation le 17 juillet 1919. Il est titulaire de la médaille interalliée et de la médaille commémorative.
La guerre a durement frappé la famille Briec. Pierre-Jean (1885-1915) et Alain (1888-1915), ses deux frères, sont décédés en 1915. Morts pour la France, comme ils disent... Pierre-Jean s'était marié en 1912 à Moëlan avec Anne Le Bourhis (1890-1965) et laisse une veuve et une fille, Henriette.
Le fils aîné, Eugène (1883-1906) avait péri en mer lors du naufrage du bateau de pêche Supprimons l'alcool.
Dans le pays Bigouden, le second fils doit épouser sa belle-soeur veuve. Pierre a du caractère et ce n'est pas ainsi qu'il l'entend puisque, dès son retour, il demande en mariage Marie Cariou (1898-1949) en septembre 1919. Un amour de jeunesse ? (1)
Le couple quitte Pont-L'abbé pour s'installer à Pont-Aven, sur le quai, comme charpentier. [Rec. 1921]
Au recensement de 1921, Brigneau compte 10 maisons et 19 ménages. C'est un petit port qui jouit d'une grande activité grâce à 2 usines de conserverie. Le lieu est idéal pour l'implantation d'un chantier naval.
Pierre Briec s’installe avec sa famille, à Brigneau, en 1922.
Pourquoi Moëlan ? Sans doute pour se rapprocher de sa mère qui est venue habiter chez sa belle-fille Anne Le Bourhis (Rec. 1921), rue de l'église.
A son arrivée, la famille Briec loue une maison dans laquelle naîtront Yvonne en 1924 et Jean-Yves en 1926.

La maison où emménagea le couple Briec à son arrivée à Brigneau
En mai 1925, Pierre Briec fait l'acquisition d'un petit terrain pour y installer un atelier. Cette parcelle est située à droite de la maison qu'il loue. Cette maison sera rachetée par Pierre Le Bris (1885-1956) cette même année. [Barbe 1925-141]
Aux recensements de 1926 et de 1931, la famille habite Brigneau avec deux enfants et Pierre Briec est désigné comme constructeur de bateaux.

Recensement de 1926
Il en partira vers 1933 [Rec. 1936] pour louer un appartement dans la maison d'Yvonne Favennec (1893-1966), épouse Philippon, maison dite dite "Ty bras" en raison de ses grandes dimensions.
Il s'y installe donc à la place de Pierre Briec qui en était locataire, ce dernier venant habiter dans la maison occupée par Pierre Briec qi'il a acquise en 1925.

"Ty bras" au-dessus du port
Rapidement son chantier qui construit des chaloupes, des cotres et des misainiers, acquiert une certaine notoriété. Ces bateaux de pêche à voile avec une barre franche à l'arrière (un grand timon pour les diriger) sont visibles sur les vieilles cartes postales, les plus anciennes de Brigneau notamment.
Les bateaux des chantiers Briec étaient surnommés les "ongres" car leur forme un peu ventrue rappelait celle de ces petits chevaux. (1)

Soutien de famille, patron Joseph Le Doze, de Kerdoualen
Pierre Briec a besoin d'espace pour installer un chantier digne de ses ambitions. En 1928, la municipalité lui concède pour 18 ans un terrain communal situé à droite de la route qui mène au port, au fond de l’anse de Pors-Bagou.
Délibérations du conseil municipal en date du 1 avril 1928.
Le Maire soumet à l'assemblée la demande de M. Briec, constructeur à Brigneau, la dite demande tendant à obtenir en location pour une durée de 18 ans, un terrain communal existant à côté de chez lui en bordure du chemin V.O. n° 2.
Le Conseil,
Consédérant que ce terrain est inoccupé et improductif, décide de le louer pour 18 ans, audit Briec, moyennant la somme annuelle de vingt-cinq francs, sous réserve que la commune puisse résilier le bail, à tout moment, en prévenant M. Briec un an à l'avance.

Lancement de la Patronne de Bretagne. En arrière-plan, l'atelier
La famille Briec s'intègre très vite à la vie locale. En juillet 1927, L'Union Maritime et Agricole relate la fête annuelle :
Régates de Brigneau. - Le dimanche 24 juillet, sous la présidence d'honneur de MM. Le Goff, maire de Moëlan, vicomte de Salay, président du Consortium breton, et sous la présidence effective de M. Briec, de M. Suduller, vice-président, de M. Delliou, secrétaire, et de M. Orvoën, trésorier, auront lieu à Brigneau, les régates qui remportent toujours un si grand succès.
Au programme :
A 11 heures, course à la voile, 1ère série, 30 à 33 pieds ; 1er prix, 150 fr aviron valeur 100 fr, par Briec. etc.
Echo de Bretagne - 9 Avril 1937.
Port de Brigneau. - Bal des régates.
Le comité des régates aux destinés duquel préside le dévoué M. Pierre Briec organise un bal au profil de la fête qui se déroulera à Brigneau dans le courant de l'année.
Chacun connait le succès remporté il y a deux ans par les régates. Il faut espérer qu'il soit encore de même cette année et c'est pourquoi le comité décide l'organisation d'un bal qui se déroulera le dimanche 25 avril, salle Pérennou. Nul doute que toute la jeunesse de Brigneau et des environs ne se donne rendez-vous.
Après la guerre 1939-1945, certains de ces bateaux, les plus grands ou les plus robustes, seront motorisés.
Destinés à une clientèle locale avant la Seconde Guerre mondiale, la production se tourne ensuite vers des unités de plus forts tonnages.
Le personnel est la plupart du temps recruté et formé sur place. L'un d'entre-eux, André Gohiec (1904-1961), Flanchec, fonde son propre chantier en face de celui de son ancien patron. Il construit quelques navires, mais de plus petites dimensions.
Le chantier devient le centre d'une galaxie de métiers indispensables à la construction navale. Julien Guyomar, forgeron à Kerouze, Arsène Bourbigot, forgeron à Toul an Porz, Célestin Haslé, voilier sur la rive gauche, Robert Cohen, concessionnaire Baudoin à la gare et Gilbert Le Pocher, mécanicien au bourg. (2)
Gilbert Le Pocher, fut l'un de ceux qui motorisèrent les bateaux. En 1955, ll est allé à Quimperlé récupérer une grue appartenant à la SNCF pour l'installer sur le port. Elle fut électrifiée quelques années plus tard. On s'en servait pour descendre les moteurs dans la cale des bateaux.
Cette grue est encore sur le port aujourd'hui.

Descente du moteur dans le Mab Polo
Une fois le bateau terminé, c'est une entreprise extérieure qui vient sur le chantier pour la première peinture. Le gravage de l'immatriculation sur la coque permet parfois de se démarquer des copains, de favoriser la chance ou tout simplement est motivé par un souci esthétique (3) . Benjamin Guillou (1916-1989), originaire de Brigneau, est de ceux qui gravent les immatriculations avec ces formes si particulières des chiffres. (4)

Sidi Brahim
Ouest-France - 29 mars 1955
Le thonier Le Martien, construit aux chantiers Briec a été lancé hier après-midi au port de Brigneau à Moëlan-sur-Mer.
Aux chantiers de MM. Briec père et fils, en Moëlan-sur-Mer, on terminait, samedi matin, la construction du magnifique thonier Le Martien, pour la pêche à l'appât vivant.
La construction de ce bateau a duré trois mois. En voici les caractéristiques : longueur, 18.5 m, largeur 5.72 m, pour une jauge de 57 tonneaux.
C'est, rappelons-le, le premier d'une telle envergure que l'on construit à Brigneau ; il est destiné à l'Armement des Déserts, à Concarneau.
Il sera commandé par M. Emile Briand, de Trégunc ; le mécanicien sera M. Lorot, de Trévignon, en Trégunc.
Le Martien est doté de deux viviers d'une capacité de 7500 litres chacun et qui sont installés à l'arrière du bateau.
Le moteur et la cabine ont ainsi été avancés sur l'avant du thonier.
Toutes les cuves et cabines métalliques ont été construites à Brigneau, chez M. Bourbigot, forgeron.
Le moteur Baudoin 150 C.V., sera installé à Brigneau, grâce aux nouvelles installations portuaires.
Sitôt armé, le thonier Le Martien fera route vers Saint-Jean-de-Luz et participera à la pêche au thon. Il pourra éventuellement faire le chalut durant l'hiver.
Le Martien, placé sur un chariot, appartenant à M. Lancien et Cie, de Concarneau, et tiré par un tracteur, propriété de M. Diffon, de Tréméven, fut amené du chantier au quai samedi après-midi.
La manoeuvre s'avéra difficile par suite de l'étroit passage et dura environ quatre heures ; dirigée impeccablement par MM. Briec père et fils, elle fut cependant menée à bien, en présence de nombreux curieux.
Le lancement du Martien a eu lieu vers 18h30, en présence des constructeurs, des armateurs et de tout le personnel ; il se déroula dans les meilleurs conditions, pour la plus grande satisfaction de tous les assistants, parmi lesquels on remarquait plusieurs personnalités.
Cette remarquable construction fait honneur à MM. Briec père et fils et à leur personnel que nous tenons à féliciter vivement.
1958
Alain Bellec, se souvient :"Le lancement d'un bateau était un événement important et l'on accourait de tous les coins de la commune pour y assister (même l'école buissonnière était parfois tolérée...)." (5) Les élèves de l'école de Kerouze, parfois fermée pour l'occasion, sont placés en hauteur sur le côté, sur les planches de construction du chantier qui formaient gradins. (6)
Le lancement d'un bateau est l'occasion d'organiser une fête au cours de laquelle un vicaire de la paroisse vient baptiser le navire en présence de parrain et de la marraine. Le navire, à bord duquel ont embarqué les proches prend ensuite la mer pour une petite balade.
Ouest-France - 24 août 1950
Dimanche matin, vers 11 h., le Papillon des Flots, construit par les chantiers Briec, à Brigneau, après la bénédiction donnée par l'un des vicaires de la paroisse, prenait la mer pour une randonnée au large, ayant à son bord une très nombreuse assistance d'amis et de parents.
On remarquait : le parrain P. Nogès, la marraine H. Quentel qui firent une abondante distribution de dragées et champagne.
L'équipage est ainsi composé : Joseph Quentel, patron ; Pierre Nogès, mécanicien ; Benjamin Quentel, Jean Courant, François Guinguéno ; Louis Fouesnant ; Francis Fouesnant, Louis Maout.
Durant la promenade, l'abbé fut invité par le patron à tenir la barre, ce qu'il fit avec plaisir.
Une quête faite pour la caisse d'entr'aide des Péris en Mer de Concarneau rapportera la somme de 1371 francs.
Meilleurs voeux de bonnes pêches et remerciements aux généreux donateurs.
Pierre Briec, et son fils, non contents d'être des constructeurs de bateaux reconnus, avaient également l'esprit d'entreprise. A la fin des années 1950, ils s'associent à M. Chaletet, directeur d'usine à Brigneau, pour construire un chantier de construction navale ainsi qu'une usine de conditionnement de queues de langoustes en Mauritanie à Port-Etienne, l'actuel Nouadhibou (Mauritanie). Une partie de son personnel, dont Amédée Le Roux, Firmin Guillou et Julien Déréat part pour mettre en place la structure. Malheureusement, le bateau transportant le matériel s'échoue au large de la Mauritanie sur le Banc-d'Arguin, qui vit en 1816 le naufrage de Méduse. Ils ne rentrèrent pas en radeau mais l'aventure tourne court et tout le monde revient à Brigneau. (7)

Pierre Briec, fils et Amédée Le Roux à Port-Etienne
A partir des années 1950, la taille des bateaux de pêche augmente régulièrement et les constructeurs se tournent alors vers la construction de coque en acier. Cette nouvelle technique, difficile à mettre en place à Brigneau, signe la fin de la construction navale à Brigneau. (8)
Les chantiers Briec construisirent environ 200 bateaux allant du canot au chalutier. Dans son livre, Alain Bellec précise que le dernier bateau construit fut le sablier Le Toulfoën, pour M. Julien Beauséjour de Quimperlé, en 1959. (9)
Pierre Briec est décédé le 20 février 1966 à Brigneau, Moëlan-sur-Mer à l'âge de 72 ans.
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(1) Briec Jacqueline, petite-fille de Pierre Briec.
(2) Bellec Alain, Moëlan-sur-Mer au fil des rues et les sentiers, Liv'Editions, p. 187.
(3) De Roeck Yoann, thèse.
(4) Orvoën Jean-Paul, témoignage.
(5) Bellec Alain, Moëlan-sur-Mer au fil des rues et les sentiers, Liv'Editions, p. 184.
(6) Orvoën Jean-Paul, témoignage.
(7) Mémoires et Photos de Moëlan, Brigneau 1870-1970, p. 18.
(8) Cercle de la mer de Lorient, Les chantiers navals du littoral de Bretagne Atlantique (1914-2014).
(9) Bellec Alain, Moëlan-sur-Mer au fil des rues et les sentiers, Liv'Editions, p. 184.
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La famille Briec
Le couple Briec a eu quatre enfants, dont les trois derniers sont nés à Brigneau : Pierre (1921-1985), Yvonne (1924-2009), Jean-Yves (1926-1998) et Raymond (1934-1951).
Marie Cariou, l'épouse, tenait un bar, épicerie, charcuterie à Ty bras. (10)
Leurs trois fils travaillèrent sur le chantier quelques temps mais seul Pierre continua dans le métier avant de partir pour l'étranger.
En 1951, Raymond, 16 ans, fut sérieusement brûlé par un jet de vapeur au cours de son travail. Malgré tous les soins d'urgences prodigués, il en décédera quelques jours plus tard.
Jean-Yves, quant à lui, quitta Brigneau et mena une carrière comme chauffeur routier international. Le hasard fit qu'il passa 5 ans en Mauritanie pour tracer les pistes pour les touaregs et porter l'eau dans les oueds.
Yvonne, qui s'est toujours fait appeler Marie Louise, est la seule des enfants à être restée à Brigneau. Elle y tenait un bar restaurant dans la maison "Ty bras". Les pêcheurs l'appelait la Baronne de Porz-Bagou. Elle organisait des banquets et des repas pour les touristes l'été. Ses spécialités étaient la cotriade et le homard grillé ou à l'armoricaine. (11)
Maquette de la Gracieuse CC 4658 réalisée par Pierre Briec
Anecdotes - Jacqueline Briec. vers 1973.
Un jour, est arrivé un jeune parisien et sa famille ainsi que leur voilier, ce grand gars était bien sympa mais les marins lui dirent de ne pas aller en mer, la tempête était annoncée...
Il n'écoute pas, et il part quand même. Le commerce avait un téléphone, type bureau de poste, pour appeler les secours. Heureusement, car lorsque la tempête était devenue coriace, les marins ont été prévenus qu'il fallait aller en mer chercher l'imprudent... et ils l'ont bien retrouvé, pas très loin et en grande difficulté, le voilier pas loin de dessaler...
La famille a été rapatriée, trempée comme des soupes, dans le commerce, Marie Louise avait de la soupe, du pain sûrement...
Il n'en fallut pas plus au parisien pour faire des travaux chez Marie Louise, car il était entrepreneur.
Elle n'avait plus à sortir derrière la maison (Ty bras) pour aller aux toilettes, puisque dorénavant elle avait un lave-vaisselle, une douche dans un coin de la cuisine et des toilettes à l'étage.
Christian Verhaeghe est revenu de nombreuses années après son sauvetage.
Leur nièce, Henriette Briec, fille de Pierre-Jean et d'Anne Le Bourhis, née en 1913, se marie en 1932 avec Léon Nilias (1906-1971), un menuisier de Pont Laër. Le couple habite près de la mairie et Henriette tient une mercerie.

De G. à D. : Jean Capitaine, Lucienne Conan, Constant Guichaoua, Marie Louise Briec, Marcelle Guichaoua, Raymond Briec.
(10) Colin Francine (1923-2022), interview.
(11) Briec Jacqueline, petite-fille de Pierre Briec.
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Jean-Yves Briec, à droite, et son collègue, travaillent la coque à l'herminette
Une quizaine de charpentiers et de calfateurs ont travailé chez Briec :
- Briant Francis.
- Le Roux Amédée (1929-2014).
- Pomian Albert (1938).
- Thaëron Louis (1839-2024).
- Poulichet Georges (1931-2012) de Groix.
- Christien Marcel (1922-2003), de Querrien.
- Hellegouarc'h Marcel.

Une belle équipe de charpentiers de marine
Le Télégramme (21 mars 1998)
Dans quelques semaines, Marcel Hellegouarc'h va prendre le large. Il n'a pas succombé aux sirènes de la mer qui résonnent sur le petit port de Doëlan, mais l'heure de la retraite du charpentier-marine approche à grand pas. Avec son départ, c'est tout un savoir-faire qui disparait dans son sillage. [...] Héritée d'un savoir-faire séculaire, la profession de charpentier-marine, il l'a apprise sur le tas. « J'ai commencé le métier à 17 ans sur le chantier Briec à Brigneau », se souvient-il. A l'époque, c'est la construction des sardiniers qui occupent la bonne quinzaine d'ouvriers-charpentiers. « Ce n'est pas le travail qui manquait. Chaque jeune avait à ses côté un ancien pour lui transmettre les rudiments du métier. On y apprenait le goût du travail bien fait et le souci de la précision ».