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La vache de Brigneau
La « Vache » de Brigneau
Laurence Penven (décembre 2025)
La présence en mer de la bouée dite « La Vache de Brigneau » était liée à l’activité économique du port. En effet, elle avait été installée en 1952 pour permettre aux bateaux de pêche d’attendre en eau saine leur tour pour débarquer le poisson.
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Les années 1950 sont, pour le port de Brigneau, une période d’activité intense. Les améliorations des infrastructures portuaires et du balisage maritime côtier du début du siècle, ainsi que la construction récente d’un second quai en 1949 permettent aux bateaux d’accoster facilement pour débarquer leur pêche et approvisionner les trois usines présentes (Châtelet, Dereat-Trellu, Larzul). Mais les quais ne sont pas accessibles à marée basse. Un débarcadère, connu aussi sous le nom de « cale de mi-marée », avait été construit dans l’avant-port en 1925 pour permettre un débarquement à marée basse avant d’atteindre ensuite le fond du port à marée montante.

Rapport de l’Ingénieur des Travaux publics, 1924
Les usines Béziers et Orvoën qui se trouvaient au-dessus du débarcadère pouvaient en tirer profit. Mais encore fallait-il pouvoir trouver une place pour accoster, à une époque où le port de Brigneau abritait environ une soixantaine de bateaux et en accueillait l’été quelques dizaines venus du Bélon. Il fallait souvent attendre son tour pour pouvoir entrer au port, tout en tenant compte de la marée.
Le débarcadère de 1925 par grande marée basse (mars 2015, coefficient 119)
En janvier 1951, au cours d’une réunion cantonale, l’utilité de l'installation d'une bouée sonore pour signaler l'entrée du port de Brigneau est signalée à M. le Préfet. Il faudra attendre mars 1952, où le conseil municipal de Moëlan-sur-Mer décide de prendre à sa charge la part de la dépense qui lui incombe, suivant l’avis de la commission nautique : « La présence d’une bouée sonore aux abords du port de Brigneau serait d’une grande utilité pour les navigateurs de la région serrant la côte de près par temps de brume ».
En 1952 une bouée fut donc installée, essentiellement pour l’activité des conserveries. Elle était dans un secteur d’eau saine, c’est-à-dire en eau profonde ou sans danger. Surmontée d’une croix de Saint-André, elle servait aussi de bouée d’atterrissage.
Les bateaux de poissons attendaient là leur tour pour débarquer.

Guide Bourdeaux : "Pour le Yachting" de la pointe Saint-Mathieu à la Pointe de Saint-Gildas, EMO 1966, p.6
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Années 1960 : La « Vache » de 1952 surmontée de la croix de Saint-André, marque d’atterrissage, servait également de repère aux stagiaires de l'école de voile.
Un sifflet avait été adjoint pour faciliter l’approche nocturne. Le principe du sifflet consiste à utiliser la poussée de l'eau dans la queue de la bouée. Cette poussée comprime l'air et le sifflet entre en action. (1)
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Bouée sifflet type Courtenay |
Bouée sifflante de Tharon (Loire-Atlantique) avec sa chaîne et son tube ou queue |

Brigneau, dans les années 1950
Le son émis par la bouée, ressemblant davantage à un meuglement qu’à un sifflement, lui a donc valu le surnom de « Vache ». Cela permettait aux marins de se repérer non seulement la nuit, mais aussi dans la brume. C’était aussi un précieux indice météorologique que l’on entendait de loin à terre lorsque se levait la houle et qu’allait souffler le vent de suroît. Jours et nuits étaient rythmés par la Vache.
Vers 1980, la croix de Saint-André fut remplacée par une sphère, marque d’eau saine.
En 2008, l’administration des Phares et balises décide d’enlever la bouée en précisant suivre les directives européennes. La Vache est remplacée le 20 mai 2008 par une bouée non sonore.
Un grand silence va peser sur Brigneau, source de mécontentement. En août 2009, la seconde bouée est définitivement retirée, son utilité n’étant plus justifiée, de nouveaux moyens techniques permettant d’y suppléer.
Grâce à la protestation de la population et à sa ténacité (2) , une bouée est récupérée auprès de l’administration. Depuis 2015, une Vache muette et amputée de sa queue rumine en silence dans ce qui fut autrefois une lande.
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(1) La bouée « Courtenay » se compose d'un flotteur ordinaire en tôle, traversé par un tube vertical [ou « queue », NDLR] enfoncé de 6 à 9 mètres dans l'eau. A l'intérieur de ce tube, au-dessus de la ligne flottaison, un diaphragme percé de soupapes, permet à l'air de pénétrer dans le tube et d'aboutir à un sifflet. L'air comprimé par la colonne intérieure d'eau dans le tube est expulsé en fonction de l'oscillation des vagues et émet un meuglement caractéristique dû à la vibration de la membrane du sifflet qui envahit l'espace. (Site web E.S.M., Etablissements de signalisation maritime)
La bouée de Brigneau n’était pas de type Courtenay. Elle fonctionnait sur le même principe, mais elle n’avait pas de diaphragme (source Phares et balises, Concarneau)
(2) Une pétition réclamant le retour de « la Vache » avait recueilli un millier de signatures.



