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Divers
Vie artistique à Moëlan
Emile Ravallec
(1878 à Mellac - 1940 à Moëlan)
Médecin, mécène, homme politique, sculpteur
Laurence Penven (janvier 2026)
1878 : 29 novembre, naissance à Mellac. Fils de meunier.
1905 : soutenance d’une thèse de doctorat en médecine. S’installe à Moëlan.
1906 : mariage à Pontivy le 17 avril avec Marie-Françoise Le Denmat (1881-1974).
1907 : naissance de Cécile (1907-1989), qui sera artiste-peintre.
1909 : naissance de Charlotte (1919-1978).
1911 : naissance d’Annick (1911-1989).
Vers 1913 : construction d’une maison près de la gare.
1919 : élection au conseil municipal de Moëlan sur la liste de Louis Mathurin Le Goff (républicain).
1926 : départ de Moëlan pour Saint-Brieuc.
1939 : retour à Moëlan-sur-Mer où le Dr Ravallec exerce à nouveau jusqu’à son décès.
1940 : 11 août, décès à son domicile, « la gare ».
Le médecin
Emile Ravallec est né à Mellac le 29 novembre 1878. En 1905, il soutient à la faculté de médecine et de pharmacie de Bordeaux (1) une thèse de doctorat, intitulée Des tachycardies essentielles. Il s’installe aussitôt comme médecin à Moëlan. Parmi sa patientèle, une certaine Mélanie Rouat, habitant sur la rive droite du Bélon, à qui il conseille de s’installer au bourg de Riec pour y ouvrir un commerce. Le conseil sera suivi, heureux préambule à l’ « aventure Mélanie ».
Locataire dans un premier temps rue Leur Gac où il habite avec sa mère, il emménage après son mariage en 1906 dans une maison datant de 1773, à l’actuel n° 7 rue des Ecoles.
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Le docteur Emile Ravallec (Archives Anne Charlotte Tanguy). |
Maison construite en 1773 par Jean Marie Le Guiffant, notaire royal. |
Un bâtiment annexe, qu’il a fait édifier dans le jardin à l’arrière de la maison, sert de cabinet médical. Puis il achète un terrain près de la gare où il fait construire vers 1913 une maison au style peu commun dans la commune. Depuis 1903, le train s’arrête « à la porte même de la maison du Dr Ravallec » (2)
L'Ouest-Eclair, 24 décembre 1924. |
Emile Ravallec dans le jardin devant sa maison.(Photo collection « Mémoires et photos de Moëlan ») |
L’ami des peintres, le mécène, le collectionneur
Passionné de peinture, il fréquente et reçoit les artistes qui descendent en ce début de siècle dans les auberges de Kergroës, Kerfany ou Brigneau (Malachappe) : Emile Jourdan (1860-1931), Maurice Asselin (1882-1947), Jacques Vaillant (1879-1933) ou encore Fernand Jobert (1876-1949) qui habite au Bélon. Ils sont tous - sauf Jourdan - sensiblement de son âge. Parmi ses amis aussi, le peintre Jules Aymes, alias Boris (1864-1938), qui en 1911, épouse Marie Lepage, gérante de l’établissement de Kerfany où il avait pris pension. Emile Ravallec fait aussi partie des proches de Mélanie Rouat, dont le restaurant de Riec sait accueillir tout ce monde d’artistes.
Peu à peu, Emile Ravallec va se constituer une collection de peintures, à l’instar de quelques amateurs de la région, comme le gérant de l’usine de Brigneau, Fernand Jacquet (1880-1967). Paysages, portraits, scènes portuaires et de cabaret vont bientôt couvrir les murs du cabinet médical et du salon.
Emile Jourdan, souvent sans le sou, vit des subsides de ses amis. Emile Ravallec sait lui offrir le gite et le couvert. Onze huiles sur toile ou sur bois de la main de Jourdan feront partie de la collection, dont deux représentations de la chapelle de Lanriot au clair de lune, une du port de Brigneau, une marine et une scène de grenier.
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Le Grenier, ou Nature morte aux rats, 1911, hst, 38 x 55 cm.Collection particulière. |
La Vague (ou Le Naufrage), 1913, hst, 81 x 116 cm.Collection particulière. |

Emile Jourdan, Le Port de Brigneau, huile sur bois, 1914, 110 x 100 cm. Servait d’écran de cheminée.
Collection particulière
Des dessins de Jacques Vaillant font aussi partie du décor, dont une grande frise qui court le long d’un mur. On note également le portrait d’une femme (une servante de chez la « Mère Bacon » ?) et des dessins de scènes de cabarets de Brigneau.
Une Bretonne mangeant des pommes, d’Alexandre Le Bihan et quelques aquarelles de Ferrand Jobert font également partie de la collection. |
Jacques Vaillant, Femme de Malachappe ? hst.Collection particulière. |
L’homme politique
Mais Emile Ravallec n’a pas que des amis. S’intéressant à la vie politique moëlanaise, il entretient fréquemment des conflits avec la municipalité de l’époque dont le premier officier est le notaire Frédéric Barbe, de 1908 à 1919. Ce dernier, ainsi que quelques-uns de ses adjoints, font l’objet de son dénigrement.
Sous plusieurs pseudonymes, dont le plus célèbre est celui de « Croc youd » (3), il fait paraître en 1913 et 1914 dans les colonnes de l’Echo de Bretagne, plusieurs diatribes truffées de métaphores vigoureuses qui lui valent en retour, dans les pages de l’Union agricole et maritime, des répliques tout aussi énergiques de la part de ses adversaires. « Au bourg, la politique divise, mettant d’un côté le pharmacien, le curé, le notaire, de l’autre le médecin, le boulanger et l’instituteur » écrira plus tard Maurice Asselin. (4)
Puis, élu conseiller municipal lui-même dans l’équipe de Mathurin Le Goff le 30 novembre 1919, Emile Ravallec voit son mandat renouvelé aux élections de mai 1925.
Mais au cours de l’année 1926 le Dr Ravallec quitte Moëlan pour s’installer à Saint-Brieuc. Il rentrera à Moëlan-sur-Mer en 1939 au moment de la déclaration de guerre et y décèdera un an plus tard, le 11 août 1940.
Le sculpteur imagier
Mobilisé pendant la guerre en tant que médecin aide-major, le Dr Emile Ravallec se trouve en 1916-1917 au camp des tirailleurs sénégalais de Fréjus-St Raphaël.
« Je profitai enfin d’un séjour militaire imposé dans un des camps de troupes exotiques du Midi pour m’en donner à cœur joie. J’avais pas mal de temps disponible, j’improvisai un petit matériel sommaire, et sous un soleil implacable, en juin et juillet 1917, je m’attaquai à La Pharmacie. La Danse sénégalaise est de la même époque. J’avais tous mes personnages en moi, et pour les créer, nul effort à faire. Ils se présentaient à mon souvenir ». (5)
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Au camp des tirailleurs sénégalais, 1916-1917. |
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Emile Ravallec va commencer à mettre en scène les faits divers moëlanais. Parmi ceux-ci, il en est un, qualifié de rabelaisien par Maurice Asselin et qui fit à son époque la joie de tout Moëlan.
Il s’agit du panneau intitulé La Pharmacie.

L’Union agricole, 19 juillet 1914

La Pharmacie. Collection particulière.
Les devantures représentées sont, à gauche, celle de la quincaillerie d’Yves Guéguen, conseiller municipal, et à droite celle de la pharmacie d'Eugène Boulay.

Moëlan, Route de Belon – Carrefour des routes de Clohars et de Riec (Collection Villard).
Si « la cascade » ou « le torrent » en question est bien visible au centre, tel un « Manneken-Pis » moëlanais, la scène est agrémentée de détails ayant trait aux relations tendues d’Emile Ravallec avec plusieurs moëlanais et prend donc un second sens. En effet, dans un autre article paru dans l’Echo de Bretagne du 17 avril 1914, Emile Ravallec recommande à ses adversaires « un peu de louzou mad, de poudre Guyho par exemple, et d’installer en lieux opportuns une pompe à centuple effet pour lui calmer un peu le système nerveux ». (6)
La devanture de la pharmacie porte l’inscription louzou (médicaments). En bas à gauche, une pompe à incendie. Sur le côté droit une inscription : Corentin invalidé justice est faite. C’est une allusion au député du Finistère, Corentin Guyho, grand ami du maire Me Frédéric Barbe, dont l'élection fut invalidée le 3 juillet 1914 pour fraude électorale. Au premier plan à droite, un fauteuil vide sur lequel est inscrit à désinfecter.
On pourra remarquer que l’enseigne de la pharmacie est décorée de cornes de cerf. Est-ce une allusion au mythe du bain de Diane, qui sera repris plus tard dans un autre bois gravé ? (7)
Le jugement esthétique que Maurice Asselin porte sur cette composition est négatif : « Première en date dans l’œuvre du Dr Ravallec, elle fut confuse et n’a pas les qualités de composition qu’on peut admirer dans Le Baptême ou dans Le Prêche ».
Toujours lors de son séjour militaire dans le midi, Emile Ravallec grave La Danse sénégalaise, panneau de bois réalisé en juin-juillet 1917
"La Danse sénégalaise fut inspirée au docteur Ravallec par les danses de ses tirailleurs, mais ceux-ci furent bien fâchés, parait-il, d'y voir comme personnage principal une femme." (8)
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La Danse sénégalaise dans son environnement chez le Dr Ravallec.On aperçoit un Clair de lune à Lanriot, d'Emile Jourdan, en bas à gauche et un portrait de Jacques Vaillant en haut à droite. (Archives Anne Charlotte Tanguy) |
La Danse sénégalaise.Collection particulière.
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Parodiant la Cène, un autre panneau à visée politique met en scène une séance orageuse du conseil municipal que le maire Me Frédéric Barbe tente d‘apaiser, entouré de près par douze de ses conseillers. On peut remarquer, à droite, un personnage brandissant le fameux « croc youd ». Il pourrait s’agir de l’illustration d’un billet signé « l’Impartial » (alias Emile Ravallec), paru dans l’Echo de Bretagne du 26 décembre 1913, intitulé « Une séance orageuse au conseil municipal - un deuxième croc youd ». Il y est question de l’école de Kergroës et de la route de Kerdaniel.

Le Conseil municipal. Collection particulière.
Un peu plus tard, voici Le Baptême, panneau vertical de la dimension d’une porte :
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Le Baptême.Collection particulière. |
Le Baptême dans son environnement chez le Dr Ravallec.On aperçoit le tableau d’Emile Jourdan, La Vague, en haut à gauche.(Archives Anne Charlotte Tanguy) |
"Le baptême est vraiment un modèle de composition en même temps qu'un petit chef-d’œuvre de vie. Il est magnifiquement ordonné depuis ce porche de fantaisie qui orne le haut du panneau jusqu'au groupe des gamins qui se disputent les dragées au premier plan et d'où un bras levé vient à point couper les lignes horizontales des marches. Voyez le groupe central : l'attitude du mendiant, le geste de l'homme qui lance les dragées, le mouvement des sonneurs de cloches dont les cordes illuminent l'ombre sous le porche, et toute la vie de statues et d'ornements qui habite cette ombre". (9)
Et, dans la même veine, Le Prêche ou Le Mariage
Le Prêche. Collection particulière. |
« Œuvre de chair point ne feras tel fut ce jour-là le sujet du prêche à Moëlan. Sans oublier l’ensemble architectural de son œuvre, le docteur Ravallec s’est essayé avec une belle ironie à noter les expressions variées des visages ». (10)
"Il me fut inspiré, dit le docteur, par un curieux spectacle : un brave curé admonestait, un dimanche, ses ouailles sur les inconvénients qu'il peut y avoir à "aimer" en dehors du mariage. J'admirais fort l'éloquence de l'orateur et je me sentais captivé par certains jeux de physionomie bien tassés dans l'assistance. Un beau jour je sentis le besoin de fixer ces impressions dont vous retrouverez quelques traces sans doute sur les visages qui figurent au bas-relief en question". (11)
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Le Bain de Diane, qui était accroché dans le petit salon de la maison, est une allusion aux Bains de Diane du domaine de Plaçamen, évoqués par Jean-Baptiste Ogée (1728-1789), ingénieur géographe français qui signale dans son Dictionnaire historique et géographique de la Bretagne, paru en 1778, « ce qu’on appelle dans le pays les Bains de Diane. C’est une espèce de conque ayant environ quatre pieds de profondeur sur trente à quarante pieds de diamètre, ronde, régulière, et creusée par la nature au milieu des rochers striés. La mer la remplit, et l’on y prend, en été, des bains délicieux ».
Emile Ravallec a préféré illustrer Ovide. (cf.note 7)
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Enfin, c’est encore une fois la mythologie gréco-romaine qui inspira Emile Ravallec lorsqu’il sculpta Les Trois Grâces.
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Le Bain de Diane. Collection particulière. |
Les Trois Grâces. Collection particulière. |
Cette dernière sculpture achève la présentation des quelques œuvres du Dr Ravallec dont nous avons connaissance.
« Comme Rabelais, cher docteur et ami, vous guérissez par la joie, car ces œuvres dans votre cabinet esbaudissent vos malades. » Maurice Asselin. |
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(1) La plus proche faculté de médecine à l’époque avec celle de Paris.
(2) Maurice Asselin, Aesculape, juin 1923, p. 127.
(3) Emile Ravallec signait aussi ses articles sous le pseudonyme « Le montreur de Marionnettes ». Référence à Guignol, doté d'un sens aigu de la justice et d'un humour décapant, se moquant des puissants et prenant la défense des petites gens. Le « Croc youd », ou « bâton à bouillie » étant l’équivalent breton de la célèbre matraque de Guignol qui rossait les vilains. Notre « montreur de marionnettes » moëlanais administrait donc un « taol croc youd » (coup de bâton), mais « au sens exclusivement politique, s’entend », comme il tient à le préciser.
(4) Maurice Asselin, Aesculape, juin 1923, p. 128.
(5) Emile Ravallec, cité par Maurice Asselin, ibid, p.128.
(6) Il existait à l’époque une poudre, dite « poudre antiasthmatique du Dr Guyot ».
(7) Remarque d’Anne Charlotte Tanguy évoquant un passage des Métamorphoses d'Ovide, dans lequel Actéon surprend Diane alors qu'elle se baigne avec ses compagnes. Furieuse, la déesse le transforme en cerf. Il s'enfuit alors, et meurt dévoré par ses propres chiens.
(8) Maurice Asselin, op.cit., p.129.
(9) Ibid.
(10) Maurice Asselin, op.cit. p.129.
(11) Emile Ravallec, cité par Maurice Asselin, ibid. p.129.















