Histoire
Guerre 1870-1871
Guerre 1870-1871
Combats de la Madeleine-Bouvet et de Bretoncelles (journal de guerre de M. le commandant Rigalleau)
1 avril 1903 (L'Union Agricole et Maritime)
Journée du 21 novembre
Un sous-officier de dragons qui venait dêtre démonté fut fait prisonnier par le lieutenant Le Porz, conduit au bourg et renfermé à la mairie de la Madeleine-Bouvet.
Je fus obligé de faire abattre le cheval blessé. Le pauvre animal avait reçu trois balles dans la tête. Cette opération fut faite par le docteur M. Duhamel.
La fusillade était donc commencée de ce côté par la compagnie La Barcerie.
Vers les huit heures, me trouvant à la tête de mes quatre compagnies placées comme je l'ai déjà indiqué plus haut, et faisant face à Bretoncelles et à la gare, je vois arriver par la route de Bretoncelles à la Madeleine une petite compagnie de 50 à 60 francs-tireurs.
Je cours à la rencontre de ces troupes. M. Mathieu, commandant des mobilisés de l'Orne, dont j'ai déjà parlé, était à la tête de cette compagnie et la conduisait. Il y avait encore un lieutenant de francs-tireurs, M. Hecquart, et un sous-lieutenant, M. X..., dont je n'ai jamais su le nom.
M. Mathieu me rendit compte qu'il conduisait cette compagnie à Longny où il allait rejoindre ses 500 mobilisés de l'Orne qui l'attendaient.
Un peu avant 9 heures, M. Mathieu et ses francs-tireurs me quittaient pour prendre la route de Longny.
A peine cet officier supérieur venait-il de ma quitter que j'entendis, du coté de Bretoncelles, une fusillade des plus vives et des coups de canon. Je me rendis sur le champ à la tête de mes troupes et, de l'endroit où je les avais placées, je pus facilement distinguer avec ma jumelle de campagne, - et même à l'oeil nu, - les diverses péripéties du combat engagé à Bretoncelles.
J'attendais toujours de nouveaux ordres, mais le 32 novembre, comme le 20, je ne devais pas voir M. de la Ferronnays. Il avait assez à faire de son côté puisqu'il commandait à Bretoncelles, toutes nos troupes engagées avec les Prussiens.
Sachant, maintenant, que la route de Longny allait avoir assez de troupes par suite de l'arrivée du commandant Mathieu, je ne laissais à la tranchée barricadée n° 2 que 30 hommes, 3 caporaux et 2 sergents. J'envoyai le restant de la compagnie du capitaine Cadiou, et au pas de gymnastique, à la position n° 8, avec ordre donné par moi à ce capitaine, de marcher au feu su besoin était, ou si M. de la Ferronays l'appelait à son secours.
9 h. 1/4. - M. le capitaine La Barcerie me fait prévenir par le caporal-clairon Limbourg, que ses postes avancés sont fortement engagés avec l'ennemi qui parait être en forces bien supérieures et que ses hommes se conduisent bien au feu. Je lui en fit faire mon compliment et je lui fais transmettre encore une fois l'ordre de combattre à outrance dans sa position (n° 4) que j'avais reconnu fort belle et de ne battre en retraite, s'il en était forcé, que vers midi et demi et en suivant le petit sentier que je lui avais indiqué la veille, pour venir me rejoindre en passant par la Madeleine-Bouvet.
Le combat est toujours très vif à Bretoncelles.
9 h. 1/2 (1). - Un train arrive à la gare. Les Prussiens redoublent leurs feux et sur les troupes et sur la gare. J'aperçois, très distinctement, l'uniforme de l'infanterie de marine. C'était, en effet, un bataillon de cette arme qui arrivait de Cherbourg et du Mans. Les soldats de ce bataillon descendent précipitamment des wagons. Quelques compagnies se déploient immédiatement en tirailleurs et les autres compagnies sont massées par pelotons près de la gare.
Ce bataillon ne me paraît pas avoir un effectif très nombreux.
Notre artillerie diminue ses feux à Bretoncelles et je crois apercevoir une de nos pièces ne pouvant plus tirer.
On se battait toujours sur la route de Fontaine-Simon (n° 4) et, également, sur celle de Longny (n° 2).
10 h. 1/4. - En ce moment, peut-être même à 10 heures, j'entends très bien une vive fusillade sur la route de Longny, c'est-à-dire derrière la postion que j'occupais avec mes 4 compagnies disponibles.
Nos affaires vont très mal à Bretoncelles. Les Prussiens incendient partout. La fumée sort de la gare. Le feu y est.
10 h. 1/2. - M. Hecquart, lieutenant des francs-tireurs, sous les ordres du commandant Mathieu, arrive en courant et tout boulversé près de moi.
(1) [...] La compagnie La Barcerie tint, elle, jusqu'à 3 heures. Le soldat Scaërou, de Moëlan, fut blessé à 2 h. 1/2.
5 avril 1903 (L'Union Agricole et Maritime)
Journée du 21 novembre
(2) [...] A 11 h. 1/2, j'entendis une vive fusillade en face de moi. Cette fusillade provenait d'un avant-poste que j'avais placé dans le bois et d'une colonne prusienne qui arrivait sur lui et sur moi. Je fis replier aussitôt mon avant-poste sur moi. Cet avant-poste était commandé par les sergents Calvar et Doussal (de Moëlan). Ils eurent à soutenir un feu très vif en se repliant sur moi et nous soutinmes cette fusillade, mêlée du bruit des mitrailleuses et des obus jusqu'à 2 h. 1/2. [...]
8 avril 1903 (L'Union Agricole et Maritime)
Journée du 21 novembre
[...] Les Prussiens, qui se trouvaient par moments à découvert, ont dû faire des pertes sensibles (1), notamment en fils de famille, car aussitôt la guerre terminée, j'ai appris qu'ils avaient fait déterrer plusieurs cadavres pour les transporter en Prusse. [...]
(1) Lettre rapport à M. le commandant Rigalleau. Chartres, 23 novembre 1870. "En tout cas nous avons fait éprouver aux Prussiens des pertes très sensibles car notre position était excellente." Sergent Calvar.
"Ce que je puis affirmer c'est que j'ai vu, après avoir été blessé et pris, une quantité de morts du côté de l'ennemi, et parmi eux des officiers." Scaërou, médaillé militaire, à Kerdoret en Moëlan.
10 avril 1903 (L'Union Agricole et Maritime)
Les récompenses. - Un appel aux survivants.
[...] C'est à la suite de ces faits qu'un décret exceptionnel du 18 juin 1872, - publié dans le Journal Officiel du 16 juillet, - accorda au bataillon des mobiles Finsitère-Morbihan 2 croix et 14 médailles militaires, récompenses destinées surtout au combat de la Madeleine-Bouvet, et une partie de l'injustice commise fut réparée. [...]
Elles furent remises à leurs titulaires par le général de division Briant au cours d'une cérémonie qui eut lieu à Pont-Aven le 18 juillet 1872 et dont les journaux de Quimper te de Quimperlé ont, à cette époque, donné de longs compte-rendus.
Voici quels étaient les titres de ces braves.
Compagnie de la Barcerie.
Quihennec Joseph, caporal, de Moëlan (Finistère). S'est bien battu et avec courage toute la journée du 21 novembre. A aidé son lieutenant à faire disparaître sous le feu de l'ennemi deux fanions français que l'ennemi voulait prendre. Fait prisonnier, s'est évadé et est venu reprendre du service dans l'artillerie de l'armée de la Loire. Très brave.
Scaërou Hippolyte, mobile de Moëlan. S'est battu avec un courage au-dessus de toute éloge. Blessé d'un coup de feu à l'épaule, a continué de combattre. A ue la machoire brisée d'un second coup de feu. A perdu l'usage de la parole. A obtenu une pension de réforme. Très méritant.
Calvar François, sergent, de Moëlan (Finistère). Actif, intelligent et des plus courageux. Excitant les hommes et leur donnant l'exemple de la bravoure. S'est bien conduit.
Lollichon Jean Louis, mobile, de Pont-Aven (Finistère), marié, père de famille. Blessé le 21 novembre d'un coup de feu à la hanche gauche. Laissé pour mort sur le champ de bataille. Relevé par les Prussiens et fait prisonnier. Très courageux et méritant.
Tous, sauf le sergent Calvar, qui habite actuellement Brest, obtinrent la médaille militaire. Ce fut probablement, un oubli.