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Les moulins
Janvier 2021
Le moulin à vent de Kercaradec et le moulin à eau de Poulvez dépendaient de la seigneurie de Kermoguer. L’histoire d’un autre moulin, le moulin à vent de Kernon Largoat, est liée à celle du moulin de Poulvez.
Les deux premiers sont cités dans un papier terrier datant de 1681 comme possessions d'Allain du Pou, seigneur de Kermoguer.
Un moulin à eau avec sa chaussée et étang, biais [bief] et suite d’hommes, possédé à titre de fermage par Louis Mouellou, meunier, pour en payer par an vingt minots de froment, moitié gros froment et l’autre moitié rouge menu, mesure ricle de Hennebont, vingt minots d’orge comble prédite mesure.
Une ruine d’un autre moulin à vent dont la situation est dans la lande de Quercaradec [Kercaradec], au nord des terres du manoir avec ce qui lui compette [appartient] [...] lequel contient en fonds neuf cordes.
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Il était connu aussi comme le moulin à vent de Kermoguer. Il s’agit d’un moulin à vent très ancien, déjà en ruines en 1681. Plusieurs parcelles du cadastre de 1832 (R 1170 à R 1176) s’appellent Lannec ar vilin avel, (lande du moulin à vent). Un signal de triangulation, le Signal de Kercaradec, figure sur la parcelle R 1161 située à 44 mètres d’altitude environ à la limite nord de l’actuelle résidence de Kerguipp.
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Extrait cadastre section R3, 1832 |
« Géoportail » (consulté le 11 novembre 2020) |
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C’était le moulin à eau de Kermoguer. Il était aussi appelé Moulin Pont Mein, à cause de la pierre servant de pont qui permettait l'accès au moulin par le chemin venant de la route de Moëlan à Brigneau.
Pont mein ou pont de pierre, grande pierre qui servait de pont sur le bief
Il était alimenté par les eaux des ruisseaux de Kerdianou, de Kermoguer et de celui qui longe la route de Brigneau dans le vallon venant de Vronec. Une chaussée construite au confluent des ruisseaux retenait l’eau dans un étang, s’écoulant ensuite dans un bief la conduisant par une chute sur la roue du moulin.
Le moulin n’existe plus aujourd’hui.
Extrait cadastre section S1. Le moulin est sur la section M1 (M-189)
Un morceau de meule. La meule courante avait 0.487 m d’épaisseur et 1.737 m de diamètre. La meule dormante, de même diamètre, était un peu plus épaisse (0. 514 m)
En 1703, la propriétaire de Kermoguer est Louise du Pou, dame du Fresque sœur d’Allain du Pou (1).
Elle vend le domaine de Kermoguer en 1708 à Joseph Eudo de Kéronic, qui ne lui est pas tout à fait étranger, puisqu’il est un parent par alliance de son frère Allain du Pou. Puis Kermoguer passe à la fille de Joseph Eudo de Keronic et Louise Le Brizoual, demoiselle Marguerite Perrine de Keronic (2) qui en est la propriétaire en 1740.
Les meuniers entre 1695 et 1740 sont Maurice Hervé (1665-1725) et Madeleine Bonic (1653-1725). Ils décèdent au moulin.
Deux de leurs fils, nés au moulin, seront meuniers eux aussi, Jacques (1695-1769) au moulin de Kervéligen, et Louis, marié à Marie Stéphan (1710-1778), qui succèdera à son père au moulin de Poulvez. Louis et Marie ont plusieurs enfants nés au moulin : Ysaac en 1734, Pierre Jacques en 1736, Marie-Jeanne en 1739 et Louis en 1740.
Puis, le 10 février 1747, Marie Perrine Eudo de Keronic signe un bail au meunier Louis Le Marrec (1700-1760) et sa femme. L’entretien du moulin revient à sa propriétaire. Le 30 avril 1751 Marguerite Perrine Eudo de Keronic, dans sa déclaration d’impôts dits du vingtième, précise que les meuniers doivent payer vingt minots de froment, vingt minots de seigle, vingt minots d’orge, dix minots d’avoine et neuf livres en argent [...] le tout évalué à 134 livres 15 sols.
Si on se fonde sur le montant de ces redevances, on peut penser que la production du moulin était importante. (A titre de comparaison, la redevance du moulin du Guilly était de 120 livres.)
Marguerite Perrine Eudo de Keronic distrait le tiers de ces 134 livres pour les réparations, soit 45 livres.
De fait, les réparations des moulins sont fréquentes, en particulier celles de sa chaussée.
Les chaussées des moulins à eau
Dans les moulins à eau, la nécessité de capter et retenir les eaux entraînait la construction et l’aménagement d’ouvrages parfois considérables que les documents nomment chaussées, digues, levées, pêcheries. Le développement, l’importance de certaines chaussées sont bien mis en relief dans les déclarations faites vers le milieu du dix-huitième siècle, par quelques gentilshommes soumis à l’impôt du vingtième. [...] Qu’un moulin se trouve situé à un confluent n’est pas pour diminuer l’étendue de cet environnement. (3)
C’est le cas du moulin de Kermoguer, situé au confluent de deux ruisseaux. La digue qui en retient les eaux doit donc être suffisamment longue pour contenir les deux affluents et former l’étang. Elle mesure environ 90 m. En son milieu, le canal du moulin (de 5.78 m) et la chute d’eau. Le chemin qui relie Kermoguer à Kerrouz emprunte aussi cette chaussée. On peut comprendre alors l’importance de son entretien régulier et les réparations continuelles au fil des années.
Elles font généralement l’objet de quelques lignes dans les actes administratifs ou notariés. En 1823, lors de l’établissement du bail entre le meunier Jean Marie Lozachmeur et la propriétaire, Marie Louise Chrestien de Tréveneuc, il est précisé que la dame propriétaire [...] demeure chargée [...] des réparations et entretien de la chaussée.
Les réparations dont les vannages avaient parfois besoin semblent avoir été peu coûteuses, tandis que les dégradations subies par d'immenses chaussées en nécessitaient qui étaient ruineuses et faisaient le désespoir des propriétaires. (4) La liste des dégâts à réparer peut être longue : brèches, cassures, crevasses, « effouillements », filtration des eaux, trous, « renardières » sont souvent signalés.
Parfois, pour pouvoir effectuer les réparations, il faut réduire le volume d’eau de la retenue, voire vidanger cette dernière. Et pour reconstituer le potentiel du moulin une journée entière ne suffit pas toujours.
2019 : restes de l’endroit où était la chute d’eau en contrebas de la chaussée. L’effondrement de la digue nécessiterait réparation, même si le moulin n’existe plus.
Marie Perrine Eudo de Keronic était célibataire. Ses héritiers sont Louise Marie Eudo de Keronic (1699-1775), petite-nièce d’Allain du Pou, mariée à Jérôme François Charpentier de Lenvos. Pendant une quarantaine d’années, entre 1756 et 1796, les meuniers sont Jean Brabant (1728-1781) et sa femme Marie Labbé (1731-1796), leurs fils Guillaume (1756-1783) et Jean (1762-1804), marié à Louise Le Clanche (1754-1809).
C’est l’époque où Cambry séjourne au manoir voisin de Kerjégu. Au cours d’une promenade il décrit ainsi le lieu : la chaleur du soleil vous force quelquefois de préférer le bois riant qui touche au manoir principal. On s’y rend par une allée double de grands arbres ; on se promène, on s’assied sur la mousse, on descend aux prairies, au moulin, dont les bords ombragés par la tête des arbres qui couvrent le côteau sont plus épais et plus frais. (5)
Après la famille Brabant, c’est Jean François Marie Joliff (1789-1862), né à Kermoguer où son père était tenancier du domaine et maire de Moëlan l’an III de la République (1794-1795), qui prend le moulin avec sa femme Marie Charlotte Richard (1782-1849).
Le domaine de Kermoguer et donc son moulin, ont à nouveau changé de propriétaires et sont passés à la petite fille de Louise Eudo de Keronic, Marie Louise Chrestien de Tréveneuc (1755-1847) épouse de René Etienne de Calloët de Lanidy (1748-1805).
Le 18 avril 1823 un bail de ferme pour 9 ans du « moulin de Kermoguer ou Poulvez » est passé entre Marie Louise Chrestien et Jean Marie Lozachmeur (1777-1853), descendant (arrière-arrière-petit-fils) de Maurice Hervé et Madeleine Bonic et apparenté aussi à la famille Brabant.
Le prix annuel de la ferme est de 180 francs. On peut noter que les meuniers sont autorisés à faire 300 fagots de bois par an, qu'ils couperont modérément par émondes et en saison convenable et répareront les fossés dans les endroits où ils les auront pris. [Ils] auront [aussi] la faculté de faire paître deux vaches et un cheval sur les terres et frostages de la métairie de Kmoguer.
Toutefois, c’est à eux de fournir les meules du moulin et de faire façonner et de mettre en place les pièces nécessaires (poutres, poulies et marbre), de sorte que la propriétaire n’ait à se charger que des réparations et entretien de la chaussée.
La même année 1823, le renable du moulin entre le meunier sortant, Jean François Joliff et le meunier entrant Jean Marie Lozachmeur, a été confié à Claude Cadic, « expert moulageur ».
De 1823 à 1866, la famille Lozachmeur va tenir le moulin. Jean Marie Lozachmeur (1777-1853) et Marie Mathurine Delliou (1778-1853) d’abord, puis leur fils Joseph Marie Lozachmeur (1802-1886), jusqu’à ce que cesse l’activité du moulin, devenu vétuste.
Lors d’une déclaration d’impôts en 1868, le moulin est déclaré « tombé en ruines » en 1865. Sa valeur aux impôts était de 60 francs, c’est-à-dire celle d’un moulin modeste.
Ses propriétaires en sont alors Ludovic de Kersauzon Vieux-Châtel (1825-) et sa femme Marie Louise du Dresnay (1832-) arrière-petite-fille de Marie-Louise Chrestien de Tréveneuc.
En 1866, le dernier meunier, Joseph Lozachmeur, habite à Kernon Largoat, chez sa fille Anne (1838-1913), mariée à Hervé Marie Le Doze (1832-1882).
Le moulin à eau de Kermoguer, appelé aussi moulin de Poulvez, est resté la propriété de familles nobles, même après la Révolution. Il ne fut jamais la propriété de ses meuniers.
Loin d’être oublié de nos jours, son souvenir est bien présent localement. La remise en état de sa chaussée pourrait peut-être bien même donner prétexte à un chantier...
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Anne, la fille de Joseph Lozachmeur du moulin de Poulvez, est mariée à Hervé Marie Le Doze (1832-1882) (dit Yves Marie Le Doze), un agriculteur de Kernon Largoat. Il y a fait construire un moulin à vent l’année de son mariage, en 1857 (Parcelle L-333). Le couple vit quelques années au moulin de Poulvez, où Hervé (Yves) apprend sans doute le métier de meunier. Puis ils viennent habiter au village de Kernon Largoat où Joseph Lozachmeur les rejoint.
Le moulin est modeste, imposé à 50 francs. Vient-il en complément du moulin de Poulvez au moment de l’étiage des ruisseaux ? Joseph Lozachmeur et son gendre Hervé (Yves) Le Doze continuent-ils à travailler ensemble pendant quelques années ?
Après la désaffectation du moulin à eau en 1865, seule reste l’activité du moulin à vent.
Jean-François Le Doze (1848-1925), marié à Marie-Jeanne Le Maout (1848-1929) aide son oncle Hervé (Yves) au moulin. En 1873, celui-ci loue et afferme le moulin pour 17 ans à son neveu [1873-245]. Mais il décède en 1882. Le moulin devient la propriété de son frère aîné Jean-François (1818-1893), marié à Marie-Josèphe Le Maout (1820-1888), qui afferme à son tour le moulin pour 17 ans à son fils, Jean-François. Mais ce dernier va cesser son activité de meunier ; il résilie en effet le bail du moulin en 1885 [1885-123], et devient marin-pêcheur. Son frère Yves rachète le moulin la même année [1885-125].
Sur la matrice des propriétés bâties, le moulin est déclaré démoli en 1890.
Il n’aura donc été en service qu’une trentaine d’années.
En mars 1914, un couple originaire de Riec, le boulanger Yves Le Bourhis (1889-1917) et sa femme Anna Le Gloannec (1886-1950), dont le commerce est situé en face du moulin au carrefour de Kervégant, achète un vieux moulin à vent en ruines avec ses accessoires [1914-45].
Quelle destination réservaient-ils à ces ruines ? L'achat ne s'est sans doute pas fait sans arrière-pensée. Yves Le Bourhis, était meunier puis boulanger et fils des meuniers, Yves Le Bourhis et Marie Louise Le Tallec, du moulin du Duc. Mais nul n'en connaîtra la suite, car la guerre emporte Yves le Bourhis en 1917 en Macédoine.
Vers 1940 paraît-il, on pouvait encore en voir les ruines.
(1) Société archéologique du Finistère, Bulletin volume 1-3, 1874. p.114
(2) Société archéologique du Finistère, Bulletin volume 12-13, 1885. p.428
(3) Durand-Vaugaron L. Technologie et terminologie du moulin à eau en Bretagne. In: Annales de Bretagne. Tome 76, numéro 2-3, 1969. pp. 285-353
(4) idem, p.295
(5) Cambry. Voyage dans le Finistère. Voyage d’un conseiller du département chargé de constater l’état moral et statistique du Finistère en 1794. Editions du Layeur, 2000. p.336
Moulin de Poulvez
Année |
Propriétaires |
Meuniers |
1681 |
Allain du Pou |
Louis Mouellou |
1695 |
|
Maurice Hervé (1665-1725) |
1703 |
Louise du Pou |
|
1708 |
Joseph Eudo de Keronic |
|
1734 |
|
Louis Hervé ( ) |
1740 |
Marguerite Perrine Eudo de Keronic |
Louis Hervé ( ) |
1747 |
|
Louis Le Marrec (1700-1760) |
1751 |
|
Louis Le Marrec (1700-1760) |
1756 |
Louise Marie Eudo de Keronic (ca 1699-1775) x |
Jean Brabant (1728-1781) x |
1781 |
|
Jean Brabant (1728-1781) x Marie Labbé (1731-1796) |
1788-1796 |
|
Jean Braban (1762-1804) |
1819 |
Louise Chrestien de Tréveneuc (1755-1847) x |
Jean François Marie Joliff (1789-1862) x |
1823 |
|
Jean Marie Lozachmeur (1777-1853) x |
1836 |
|
Jean Marie Lozachmeur (1777-1853) x |
1841 |
|
Jean Marie Lozachmeur (1777-1853) x |
1856 |
|
Joseph Marie Lozachmeur (1802-1886) |
1861 |
|
Joseph Marie Lozachmeur (1802-1886) |
1866 |
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Joseph habite chez sa fille Anne à Kernon Largoat |
1868 |
De Kersauzon vieux Châtel (moulin tombé en ruines en 1865) |